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« Myopie au désastre » : Autant en emporte le risque

Le détour académique d’aujourd’hui est plus comportemental et psychologique que financier : la « myopie au désastre ».

La théorie

L’hypothèse de « myopie au désastre » a été développée pour la première fois en 1986 par les économistes Jack Guttentag et Richard Herring pour analyser les crises bancaires.[1] La théorie dit qu’au fil du temps il y a une tendance à « sous-estimer la probabilité de chocs peu fréquents ». Elle se base sur deux constations empiriques :

Minimisation

Les individus estiment la probabilité d’occurrence d’un événement en fonction de la présence d’événements similaires dans leur esprit. Plus un événement extrême se trouve loin dans le passé, plus sa probabilité subjective attribuée par l’individu est faible. Par exemple, pour les gens de ma génération, la possibilité d’une guerre mondiale est vue comme quasiment nulle alors qu’elle était plus élevée du point de vue de mes grands-parents. Et cela, avant même de regarder objectivement quand cette probabilité serait la plus élevée.

Annulation

La seconde constatation empirique est la suivante :

« Les individus attribuent une probabilité nulle à un événement dès lors que sa probabilité subjective atteint un seuil minimal, dans un contexte où l’attention d’un individu n’est pas illimitée et doit donc être répartie. »

Ces opérations mentales ont été mises en évidence empiriquement, notamment par des psychologues et économistes comportementaux.[2]

Conséquences

Ces deux mécanismes entrent en conjonction pour alimenter le désir de prises de risques des individus. Par exemples, les banques, en sous-estimant la probabilité d’un défaut massif des emprunteurs, prennent des positions de plus en plus risquées relativement à leur niveau de fonds propres. Lorsqu’un tel choc survient finalement, les banques ne sont alors plus en mesure d’y faire face.

Si, comme moi, vous comprenez mieux avec des représentations visuelles et graphiques :

Source : La Tribune

Pourquoi je vous dis ça ?

Car la crise du Covid-19 correspond typiquement cela ! Voici deux caractéristiques de la crise sanitaire actuelle qui me semblent témoigner de mécanismes de myopie au désastre :

  • Une sous-estimation de la probabilité de survenue d’une pandémie par les décideurs publics qui s’est accentuée au fil du temps ;
  • Des différences entre pays dans la préparation à la crise en fonction de la disponibilité d’épisodes de pandémies comparables dans la mémoire collective récente du pays. C’est la raison pour laquelle la Chine et la Corée du Sud s’en sortent mieux que l’Europe : ils avaient une mémoire plus récente des morts du SARS ![3]

L’ampleur inédite de la crise sanitaire actuelle était bien entendu difficile à prévoir, et il n’existe pas vraiment de signes annonciateurs d’une pandémie, comme il peut en exister pour les crises financières du fait de leur caractère cyclique, ce dont j’avais parlé dans un précédent article.

Et vous ?

Comme tous les biais cognitifs, vous devez essayer de ne pas en être victime en tant qu’investisseur malin. Ce que je vous conseille, c’est de considérer tous les évènements ayant été facteur déclencheur de crises (je parlais d’étincelles dans un précédent article) et ne considérez pas qu’il est impossible que ce même problème crée un nouveau problème. Un bon exemple, à mon avis, ce serait l’inflation. Attention, ce que je vais dire là n’est qu’une théorie personnelle, je n’ai rien de scientifique à appuyer derrière ça.

On considère souvent l’inflation comme étant un problème des siècles précédents (comme les épidémies d’ailleurs), que de nos jours cela n’arrivera plus. C’est la raison pour laquelle on distribue de l’argent avec le « unlimited quantitative easing » sans se soucier que cela puisse crée de l’inflation ou non.[4] Nos parents et grands-parents se souviennent très bien de la stagflation (inflation + stagnation économique) des années 70. Les gens de ma génération s’en souviennent grâce aux cours d’économie où la stagflation nous est enseignée. Mais cette « peur » de l’inflation est légitime mais tend à disparaître pour les nouvelles générations qui n’ont jamais connues l’inflation.

J’espère que cet article t’a plu, n’hésite pas à le dire en commentaire, à poser des questions, à liker la page des Investisseurs Malins sur Facebook, sur Instagram et à partager. Nous avons à cœur d’aider un maximum de gens à être plus malins dans l’utilisation de leur argent.


[1] Guttentag, J. M., & Herring, R. J. (1997). Disaster myopia in international banking. J. Reprints Antitrust L. & Econ., 27, 37.

[2] Tversky, A., & Kahneman, D. (1973). Availability: A heuristic for judging frequency and probability. Cognitive psychology, 5(2), 207-232.

[3] Le coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère ou SARS-CoV (parfois SARS-CoV-12), est le coronavirus responsable de l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) de 2002 à 2004. C’est une souche de l’espèce de coronavirus SARSr-CoV. Cet agent infectieux serait apparu en novembre 2002 dans la province du Guangdong, en Chine. Entre le 1er novembre 2002 et le 31 août 2003, le virus aurait infecté 8 096 personnes dans une trentaine de pays, causant 774 décès, essentiellement en Chine, à Hong Kong, à Taïwan, et en Asie du Sud-Est.

[4] L’idée monétariste que la création monétaire est la mère de l’inflation est largement controversée et débattue, je n’affirme pas que ça crée de l’inflation, mais que cela peut être un facteur d’inflation.

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